Cité Blanche Gutenberg

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Le cantonnier et ses mains de labeurs

Le cantonnier est sans doute l’un des plus emblématiques métiers manuels d’autrefois.

C’est à partir de la deuxième moitié du 18ème siècle que le métier a été inventé pour organiser l’entretien des routes royales. Avant cette période, il revenait de responsabiliser les habitants face à l’usage de voie publique et donc chacun devait de balayer devant sa porte.

De tout temps, le cantonnier avait pour mission de déblayer les routes de tous détritus et autres encombrants. Un véritable travail de forçat, pour un salaire de misère.

 

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Isolé au bord des routes, le cantonnier s’acquiert de cette tâche ingrate, sans protester avec pour seul objet -que dis-je- son compagnon fidèle, le balai. Cet accessoire était essentiellement composé de matières premières comme les branches de genêts combinées avec celles du bouleau. Le genêt est sans doute l’espèce d’arbuste qui, de par ses caractéristiques, ressemble à ces braves ouvriers qu’étaient les cantonniers d’autant. En effet, le genêt se plait sur les terres siliceuses (minéral dur, une des principales composantes constituant l’écorce terrestre) et pauvres, qualifiées parfois de terres incultes.

En évoquant cet ustensile, autrefois très utilisé pour entretenir le jardin, le garage, la grange, la cour, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour nos chers « chibanis », originaires de la cité blanche (1) que je revois arpenter les tronçons  de voie qui s’étalaient entre les rues de la République, Bezons, Gutenberg, Doucet et le boulevard de la Seine ou l’avenue Hoche. Les journées de travail de ces chers « chibanis » étaient longues.   Chaque jour, ils recommençaient alors leur besogne, toujours semblable, toujours utile. Ils semblaient infatigables.

 

 

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                                        Rue de Bezons vue de l'angle de la rue Gutenberg

 

A la force de leurs jambes et des bras, vêtus de leur bleu de travail fripé, la tête couverte d’une casquette bleue en tissu épais, sans cesse exposés aux vicissitudes atmosphériques, ils ont veillé -dès l’heure de l’aurore- à la propreté des routes et trottoirs de Nanterre. 

Nous sommes sans doute nombreux à nous souvenir de nos journées d’été, souvent chaudes et sèches, quand nous guettions le moment où le cantonnier ouvrirait les bouches d’eau dont la vocation est de permettre l’évacuation des poussières par l’écoulement de l’eau sur le caniveau, le long des trottoirs. Cette eau précieuse et fraîche  était, pour les marmots de la cité, l’opportunité rêvée de se désaltérer mais également de s’asperger, sans compter, et cela de la tête au pied.

Au fil du temps, la rudesse et la pénibilité de ce métier a fini par les user. Usés, fatigués par les stigmates qu’il a imprimé sur leurs mains meurtries, leurs jambes affaiblies, leur corps vouté…

Respectueusement, je veux déposer à travers ce blog -dont leurs enfants sont des lecteurs fidèles-  un baiser sur ces mains de labeur que je trouve si belles.

 

(1) Mohamed ESSOULAHI, Maamar HAMLI, Laarbi MASMOUDI, Rabah SOUNI et d’autres peut-être que j’aurais oubliés.

 

Mohamed SELMET



28/04/2014
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